15 septembre 2009
La nounou par Luc
Depuis jadis, ce sourire et ce mouvement me hantent.
“Hantez” me dit-elle.
La scène que je fis à mes parents,
lorsqu’ils la congédièrent pour quelques sous piqués dans le tiroir,
reste d’anthologie, dans la famille.
Le lendemain, elle revenait à la maison,
et continua de m’apprendre à marcher sur ses petits chemins…
Et du haut de ses douze ans,
on peut dire qu’elle ravagea la mouquère.
Texte et film de Luc
05 août 2009
le vendeur de moquette
Il se dandine dans les rayons du magasin, s'occupe de trois clients en même temps, se disperse, parle pour ne rien dire d'une petite voix agaçante. Le cheveu sur la langue, sympathique chez une majorité de personnes, constitue chez lui un détail irritant, un détail de plus.
Le responsable lui demande s'il s'est enfin décidé à retrouver le papier qu'il a perdu le matin même. Il répond d'un sourire niais et d'une blague qui tombe à plat.
Il finit ma facture, emballe mon achat, dit encore des phrases idiotes avec son air lunaire. Puis il va s'occuper d'un autre client.
Le responsable me jette un regard désabusé en haussant les épaules quand je quitte le magasin. L'autre l'agace mais il ne peut rien y faire : on n'assomme pas un collègue à coup de barres de seuil ou de tringle à rideau... ça ne se fait pas.
texte et illustration de MissTortue
29 juillet 2009
La Valentin par Luc
Dans ce petit poste, de fin fond de brousse, ressemblant à s’y méprendre à une certaine Edith,madame Valentin régnait sur tout son petit monde avec un crochet de fer dans un gland de velours.
Elle faisait quinze ans de plus mais n’en avouait que cinquante-huit au moteur, pourtant…
Son hôtel était propre, mais pas trop, et la douche dans le coin de la chambre, donnait le ton, se résumant à un seau percé, suspendu à un crochet au plafond : actionner la ficelle donnait droit à 20 litres d’eau et pas une goutte de plus… Le rinçage restait donc périlleux en cas de trop grande énergie sur le pain de Marseille… ça apprenait l’économie.
La patronne, à propos de rincé, était déjà au goulot, potron minet, sur sa terrasse (face à cette route qui lui donnait son pesant de voyageurs dans le temps) considérant, à travers les vitres de ses yeux, la rouille de cette latérite sèche, son “whisky on the rocks” en embuscade : prisonnier de ses crochets trop maigres le Johnny Walker tremblotait légèrement, comme sous l’effet d’une légère brise…
La fonte des glaces, elle l’étudiait depuis longtemps, bien avant que ce ne soit à la mode…
Une visionnaire, La Valentin, j’vous dis !
Elle avait délégué la cuisine au “chef” lui laissant au passage les recettes de ses petits plats… Alphonse, qu’il s’appelait, grand black pas tout à fait trentenaire, tout en muscle et sourire Steenway, genre “a-bilive-a-can-fly”, qui apportait le petit dèj d’un pas nonchalant, disposant couverts et confitures dans une demi calebasse à côté d’un café, jadis chaud-bouillant, dans un récipient improbable…
Pourquoi je vous raconte tout ça moi ?…
Ah ! oui… Alphonse !… Avec son tablier “bon appétit” lui donnant un look à la Victoria Abril dans “gazon maudit”, le short en plus…
Pour le reste vous pouviez profiter de cette anatomie sans défaut dont le mètre cinquante-sept de sa patronne se réjouissait pendant la sieste…
“Quelle aubaine cette ébène !” devait-elle se dire, entre deux hoquets.
Le métissage des races et l’écart des générations elle avait compris depuis longtemps…
Une visionnaire, La Valentin, j’vous dis.
Texte et illustration 2 de Luc
22 juillet 2009
Deux visages semblables, dont aucun ne fait rire en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance.
Pascal, Pensées (1670), II-11
19 janvier 2009
transparence par Tilu
blanc
On devinait derrière ses yeux,
sous le rideau des apparences,
la lumière confidentielle
d'un amour grand comme le monde…
blanc
texte et photographie Tilu
12 janvier 2009
Un dimanche au chaud par choule[bnkr]
18h10.
Le voisin était rentré chez lui.
Elle restait seule, pensive, devant le parterre de dominos.
Elle avait eu l'idée d'inviter son voisin de palier pour un goûter amical devant une tarte tatin, quelques macarons et une tasse de thé. Le voisin n'était pas si bourru que cela finalement, et ils avaient bien ri. Un après-midi relaxant. Suffisamment pour se laisser tenter par une partie de dominos. Endiablée.
Mais voilà, le temps passe vite, et il fallait déjà penser au lendemain. La semaine au boulot et tout ça.
Peut-être que dimanche prochain... Ou le dimanche d'après.
Texte et peinture de choule[bnkr]
08 janvier 2009
"...Il est zingueur, Paris s'éveille" par Luc
ll est zingueur au comptoir, 
entre les discours de l’omniprésident à la télé du troquet
et les petits café-cognac
il n’a pas connu
mais il en parle
pathétique dans ses désirs d’aventures,
ses rêves mercenaires,
l’Indochine, l’Algérie, le Congo… Tout ça
l’a pas un rond de côté,
… Et puis sa grande histoire avec Irma la douce
(il n’est jamais trottoir pour bien faire).
Il reprend son balai
et repart mesurer la voirie dans le zig et dans le zag,
conscience professionnelle oblige !
Gniaque ! re-gniaque et cognac !
l’a oublié les clés de la canisette sur le comptoir,
va revenir.
Texte et photographie (en avant-première...) de Luc Lamy
10 décembre 2008
Dora Maar

Dora Maar par Rogi Andre et par Picasso
17 octobre 2008
Le verso de Venus par CarrieB
De marbre je suis et de marbre je reste, même dénudée sous les flashes des photographes.
Impassible, je les regarde de haut, ces simples petits touristes à la chasse aux souvenirs, qui veulent avoir tout vu avant de mourir, et papillonnent au musée d’une salle à l’autre, s’attardant juste le temps de la mise au point.
Ils vantent la finesse des traits de mon visage, la perfection de ma coiffure ou l’arrondi de ma poitrine.
Ma plastique fait l’unanimité, elle est intemporelle, juste parfaite. Ils s’en vont et je reste.
Mais pourquoi ma chute de reins ne les intéresse-t-elle pas ?
texte et photo de CarrieB
04 octobre 2008
Requin par Choule[bnkr]
Je vous entends d'ici. Assis à la terrasse de votre Café préféré, installés comme au spectacle, le rire moqueur.
J'aimerais vous y voir vous ; siroter un capuccino avec une gueule d'acier pareille. A deux pas de votre tribune, ce grand dadais attablé avec sa copine Dolly prend malgré tout du bon temps.
Merde... Il se lève brusquement. 2 mètres 35 de chair et de muscles. Ca va barder. Mais pas pour vous, heureusement. Juste un appel sur son mobile de son patron Hugo Drax : "James est en ville, il faut l'éliminer".
Sa machoire brille au soleil.
